← Notes de terrain
Lecture courte · 6 min · 9 sources · 1 juin 2026

Arrêter de se déplacer pour rien : comment travailler plus efficacement sur vos sentiers

Par Francis Lessard, fondateur de Sentinel

Arrêter de se déplacer pour rien : comment travailler plus efficacement sur vos sentiers

Il y a plus de travail sur les sentiers que d'heures pour le faire, et l'écart grandit. En 2012, le Service des forêts des États-Unis n'a fait d'entretien que sur environ 37 % de ses 158 000 milles de sentiers (GAO). Un rapport interne de décembre 2025, rapporté par High Country News, place les milles entretenus 22 % sous la moyenne, un creux de quinze ans.

De ce côté-ci de la frontière, ce sont les heures de bénévolat qui baissent. Selon Statistique Canada, la part de la population qui fait du bénévolat dans un organisme est passée de 41 % en 2018 à 32 % en 2023, et les heures données dans le sport et les loisirs ont reculé de 34 %.

Quand les heures sont comptées, une sortie qui ne sert à rien coûte cher. Cet article porte sur la façon d'en faire moins.

Ce que coûte un aller-retour inutile

Prenons un trajet de 100 km aller-retour. Au taux de 0,625 $ le kilomètre que l'Agence du revenu du Canada applique au Québec pour les déplacements de ses employés en 2026, la route seule représente 62,50 $. Ajoutez deux heures de bénévole : Independent Sector évalue l'heure de bénévolat à 36,14 $ US pour 2025.

Ce ne sont pas des factures, ce sont des repères. Ils servent à mettre un ordre de grandeur sur une sortie où l'on découvre, par exemple, que le pont a déjà été réparé, ou qu'il manque l'outil qui aurait permis de le réparer.

Pourquoi les sorties ratent

Les causes reviennent d'un organisme à l'autre, et elles tiennent rarement à la bonne volonté des équipes.

D'abord, l'information est éparpillée. Dans un projet de maîtrise en géomatique à Penn State, Todd décrit des données de sentiers stockées dans des fichiers épars, réparties entre plusieurs bénévoles (Todd, 2014). Il note aussi que les bénévoles oublient souvent de signaler un problème, et que ceux qu'on signale plus tard sont décrits moins précisément.

Ensuite, le signalement arrive souvent sans position. La Wildlands Conservancy, en Pennsylvanie, recevait les rapports de ses bénévoles par formulaire en ligne. Le personnel les recopiait, et comme les formulaires n'avaient pas de coordonnées, il fallait ensuite chercher le problème sur place. L'organisme est passé en 2026 à une application qui enregistre la position avec le rapport (Wildlands Conservancy).

Il arrive aussi qu'on saisisse tout deux fois. À Acton, au Massachusetts, le comité des intendants de sentiers a étudié une application de signalement pour le public. Ses membres ont relevé qu'un intendant devrait quand même recopier chaque problème dans le chiffrier partagé du comité (procès-verbal, 2021).

Enfin, tous les signalements ne disent pas quoi faire. Le même comité craignait le bruit : un message comme « section boueuse » n'est pas une tâche.

Quatre habitudes qui évitent la plupart des sorties inutiles

Noter sur place, avec la position et une photo

Le meilleur moment pour décrire un problème, c'est quand on est devant. Une position GPS et une photo répondent d'avance aux deux questions de la personne qui ira réparer : où, exactement, et quoi apporter. C'est précisément ce qui manquait aux formulaires de la Wildlands Conservancy.

Trier avec des niveaux simples

Le journal d'inspection de Vélo Québec classe chaque problème en trois niveaux : urgent, prioritaire ou secondaire. Trois niveaux suffisent pour décider ce qui part cette semaine et ce qui attendra la prochaine sortie dans le secteur.

Regrouper par secteur

Une fois les problèmes sur une carte, on voit ceux qui sont proches les uns des autres. Trois petites interventions dans le même secteur font une sortie au lieu de trois. Le regroupement marche mieux quand chaque signalement indique le matériel nécessaire, ce que l'ancien guide de la Fédération québécoise de la marche demandait déjà de noter : main-d'œuvre, matériel, temps estimé (FQM, 2004).

Fermer la boucle par écrit

Une intervention terminée doit laisser une trace : quoi, où, quand, par qui. Vélo Québec rappelle que le journal garde la trace des signalements et des actions entreprises, et qu'à la longue il devient un registre de la diligence de l'organisme. Rails-to-Trails Conservancy donne le même conseil aux États-Unis : des inspections régulières, documentées avec les correctifs apportés, constituent une défense solide en cas d'accident (RTC). La trace sert aussi à la personne suivante, qui n'ira pas réparer un pont déjà réparé.

Les signalements du public : utiles, s'ils sont triés

En France, la Fédération française de randonnée pédestre gère Suricate, un dispositif national où les usagers signalent les problèmes sur les sentiers. Il a reçu plus de 4 000 signalements en 2020, dont 72 % concernaient le balisage, la signalétique ou l'environnement (FFRandonnée, 2021). À l'été 2024, 1 358 personnes en ont envoyé 2 367, une hausse de 43 % (FFRandonnée, 2025).

Les usagers signalent volontiers. Le travail se déplace vers le tri, exactement ce que craignaient les intendants d'Acton : il faut quelqu'un, et un endroit, pour décider de ce qui devient une tâche.

Ce qu'un outil ne règle pas

Des responsables de clubs de vélo de montagne australiens interrogés par Flow Mountain Bike décrivent un autre goulot : l'administration retombe toujours sur les mêmes quelques personnes, et « la plupart des gens choisissent d'aller rouler » (Flow Mountain Bike, 2026). Un outil peut alléger cette charge ou l'alourdir. La question à poser avant d'en adopter un : est-ce qu'il retire une saisie, ou est-ce qu'il en ajoute une ?

Dans Sentinel

Dans Sentinel, un problème se signale depuis la carte de l'application mobile, avec la photo et la position, même sans réseau. Les signalements du public arrivent sans compte dans une boîte à trier, et ce qu'on retient devient une tâche sur la carte. Chaque tâche a une priorité, une personne ou un groupe assigné, et garde son historique. La planification montre qui fait quoi cette semaine.

Sources

Pour aller plus loin

Articles connexes